mercredi 25 janvier 2017

Défense européenne : pour Fillon, l’Allemagne à la rescousse ?


Le candidat François Fillon se rend ce lundi à Berlin pour rencontrer la chancelière, avec quelques importants sujets dans son cartable, dont la défense européenne.

Merci, encore, à Donald Trump qui a annoncé la couleur sans détours : il veut refermer le parapluie yankee en déclarant l’OTAN « obsolète », c’est-à-dire périmé ! En dénonçant ce contrat d’assurance-vie vieux de 60 ans, il oblige enfin les bénéficiaires européens, mis au pied d’un nouveau mur, à envisager une reconfiguration de la défense continentale et des efforts à lui consacrer.

La démarche annoncée par Fillon lors d’une interview à deux journaux, français et allemand, reste ambiguë sur ses intentions, sinon ses convictions et intentions. D’une part, il déclare : « Une alliance de défense transatlantique n’est pas obsolète, elle est même nécessaire. » Et ensuite : « L’Europe doit se construire une défense propre. » Grattage de crâne…

Mais le reste de l’interview n’explicite guère cette première exigence énoncée, tandis que la seconde résume les propositions qui motivent l’urgence des réponses à apporter. À commencer par l’Allemagne elle-même. Il rappelle que la menace première reste l’islamisme, que l’OTAN n’a pas été impliquée dans cette guerre et que la France reste la seule à la combattre directement, mais également dans les colonies terroristes que constituent certaines zones africaines où ses armées opèrent. Il souhaite faire davantage contribuer Berlin comme partenaire fort d’un couple à revigorer, y compris du côté des Bourses, couple capable de stimuler la création d’une « alliance européenne de défense ».

Donc, pas de défense intégrée – probablement par réalisme, étant donné l’urgence – mais une mutualisation des efforts et dépenses, tout en bâtissant une industrie européenne. 

À “America First” de Trump répondrait très justement « Europe exclusivement », ce qui ne serait que la juste réponse. Plus de Boeing ravitailleurs, de bombes et drones US. Pour remplacer les AWACS, ces radars et PC volants, ce serait cependant un peu plus compliqué et long…
 
Cette contribution mutuelle ne concernerait que les opérations extérieures. J’en déduis — et reste sur ma faim exprimée déjà ici — que la dissuasion nucléaire est donc exclusivement réservée à la souveraineté nationale. En cas de coup très dur, l’Hexagone et ses territoires ultramarins seraient donc les seuls « bénéficiaires » d’une riposte atomique ! Ce postulat sensible et confidentiel est-il aussi à l’agenda des conversations avec Angela Merkel ?

Sur le plan diplomatique et stratégique, concordance — précédemment exprimée — pour arrêter l’ostracisation convenue de Poutine, ce qui paraît hautement réaliste et souhaitable. Notre démarcheur propose une conférence Europe-Russie sur les nouvelles conditions de sécurité en Europe. Stopper les déploiements militaires dans les pays de l’Est européen qui sont une provocation, voire une menace ressentie par les Russes, quand on soutient l’inverse comme certain général français – chef du Supreme Allied Transformation Command de l’OTAN – analysant la situation depuis son lointain poste à Norfolk, ainsi que les sanctions économiques que Bruxelles se complaît à maintenir, semblent un préalable.

À ces propositions progressistes, ne doutons pas que la chancelière suggérera, avec une certaine conviction, les réformes que la France doit d’abord entreprendre pour assainir les finances publiques, en rappelant à son visiteur des propos anciens qu’il n’a jamais démentis depuis septembre 2007 : « Je suis à la tête d’un État en situation de faillite… »

Bon voyage, François !

L’autre François est très loin, qui n’émet aucun acouphène dans ce nouveau concert franco-allemand.

Henri Gizardin

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