lundi 23 janvier 2017

Pourquoi il est impossible de réformer APB !

France Stratégie a été créée en 2013 pour émettre des idées « nouvelles » (comme si les conseillers des ministres ne pouvaient pas remplir cette tâche.) Mais certains considèrent qu’elle n’est qu’une machine à distribuer des prébendes. (Son président a démissionné pour rejoindre M. Macron.) En tout cas, pour prouver qu’elle a servi à quelque chose, France Stratégie vient d’émettre coup sur coup deux recommandations : taxer les loyers fictifs et les propriétaires occupants (qui seraient d’affreux fraudeurs) et réformer le Bac et la procédure APB (qui dispatche les étudiants dans les formations post-Bac). La mauvaise orientation actuelle d’APB coûterait, paraît-il, 500 millions d’euros.

Certes, 40 % des étudiants se trompent et ne font qu’un an dans leur filière (parfois trois mois seulement) avant de changer de voie. Et alors ? Et si ces abandons précoces étaient, en fait, rentables pour la nation car ils évitent des dépenses inutiles (un étudiant coûte 15.000 € par an !) ?

Alors qu’une génération correspond à 800.000 personnes, 550.000 entreprennent des études après le Bac. Or, il n’y a pour eux, au mieux, que 250.000 postes de cadres par an (dont le salaire de départ est souvent modeste, à peine supérieur au SMIC) ! Il y a, en quelque sorte, 300.000 personnes « à éliminer » par tous les moyens, même les moins avouables. Beaucoup de formations avec des titres ronflants n’ont absolument aucun débouché. Leurs titulaires finiront par travailler mais dans un domaine qui n’a rien à voir avec ce qu’on leur a enseigné et avec un revenu en chute libre par rapport à leurs prétentions initiales. 40 % des Bac+5 sont toujours au chômage un an après avoir obtenu leur diplôme.
20 % le sont après trois ans ! Et le salaire brut des universitaires tourne souvent autour de 1.700 € (le SMIC est de 1.415 € bruts !). Tout bonnement épouvantable. Cela montre la faillite totale du système actuel. Des parents ont dépensé 100.000 € pour la formation de leur enfant alors que ce dernier travaillera au final comme serveur chez McDo !
 La lutte pour les meilleures places est sournoise et hypocrite. D’abord, ceux qui sont bien informés ont préféré une filière sélective juste après le bac (IUT, CPGE). On peut, par exemple, postuler avec succès pour quelques classes préparatoires donnant à 94 % un travail d’ingénieur ou de commercial à 2.000 euros nets par mois alors qu’on a seulement 9 de moyenne en sciences au Bac et une mention passable ! Il y a ceux qui le savent et les autres. Pour les diplômes distribués généreusement (droit, psychologie), on trouve souvent du travail grâce aux relations de ses parents (parfois bobos et fiers de voter à gauche). L’absence de sélection dans l’éducation supérieure conduit à une injustice sociale profonde. Ce n’est pas les meilleurs aux meilleures places mais « les enfants de » aux meilleures places ! Et si on essayait une vraie méritocratie ? Mais jamais France Stratégie ne le proposera ! Trop progressiste et trop anti-bobo !

Christian de Moliner

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