dimanche 22 janvier 2017

Trois députés rebelles contre une diplomatie absurde

Des tirs ont visé à l’aéroport d’Alep les trois députés français qui se sont rendus en Syrie : Nicolas Dhuicq, Jean Lassalle et Thierry Mariani. Heureusement, ils en sortirent indemnes.

Les mêmes ont rencontré le président Bachar el-Assad. On ne sera pas étonné que les sphères officielles et les médias dominants aient condamné cette démarche. 

Ceux-ci ont relevé, non sans dépit, que la France était, parmi les pays occidentaux, celui où les voyages d’hommes politiques en Syrie à l’encontre de la ligne officielle étaient les plus nombreux.

C’est normal. 

Les relations historiques avec la Syrie, ancien mandat français, sont fortes, et ces relations ont été gravement compromises par la politique actuelle, qui est catastrophique dans un monde où nos points d’appui ne sont plus si nombreux.
 La rupture totale des relations bilatérales a interrompu la coopération avec la police syrienne, qui doit en savoir beaucoup, pourtant, sur les terroristes actifs sur le sol français.
La paix revenue, le pays sera à reconstruire : il y aura, là, un immense chantier dont nos entreprises (qui, soit dit en passant, pourraient alors recruter des réfugiés) seront barrées.
Les visites en cause sauvent l’honneur de notre pays.
Notre engagement dans ce conflit, qu’avec les autres Occidentaux nous avons déclenché, n’était pas dans notre intérêt, qui eût été de rester en tierce partie. 
Il a témoigné d’une inféodation sans précédent vis-à-vis de la diplomatie américaine, laquelle était elle-même, sous Obama et Hillary Clinton, sous l’influence de l’idéologie néo-conservatrice dont l’objectif était de remodeler et démocratiser par la force, à travers le regime change, le Proche-Orient. Le renversement du gouvernement Assad avait été décidé bien avant qu’on l’accuse d’atrocités. 
Outre l’idéologie, la diplomatie française était assujettie aux intérêts de puissances régionales – au premier chef l’Arabie saoudite.

Inféodée, notre diplomatie n’était pas, pour autant, obligée d’être ridicule. Elle l’a été au dernier degré. Laurent Fabius a déclaré publiquement, en 2012, que Bachar el-Assad ne méritait pas de vivre, ce que même Roosevelt n’a jamais dit de Hitler.

Refusant avec obstination, pour ne pas se déjuger, tout maintien au pouvoir d’Assad, le gouvernement français a soutenu ceux qui se battaient contre lui sur le terrain : les djihadistes, Daech et surtout Al-Qaïda (appelé aujourd’hui Fatah al-Cham), malgré une férocité qui n’avait rien à envier à celle prêtée au gouvernement Assad. 

Nos services ont-ils, comme on les en accuse, collaboré au montage de l’attaque chimique du 21 août 2013, dans la banlieue de Damas, provocation dont Bachar el-Assad devait porter le chapeau, visant à déclencher une intervention américaine, ce qui aurait entraîné une guerre avec la Russie ? Toujours est-il que, confrontés à la prudence d’Obama qui savait sans doute à quoi s’en tenir, Fabius et Hollande (soutenus par Sarkozy et Juppé) ont vivement reproché au président américain de ne pas être intervenu.

Dans la dernière phase, la diplomatie française s’est déchaînée. Quelques jours avant son départ du Quai d’Orsay, dépité de ne pas venir à bout du régime, Fabius a demandé au parquet français de poursuivre Assad pour crimes contre l’humanité. 

En septembre 2016, la France propose que le prix Nobel de la paix soit attribué aux Casques blancs, fausse organisation humanitaire liée à Al-Nosra. 

En décembre 2016, au moment où, à Alep, le denier réduit djihadiste (encadré par des officiers de l’OTAN, dont des Français) était en train de tomber, la France a demandé une révision de la charte de l’ONU (rien que ça !) pour permettre une intervention armée sans droit de veto, dès lors que des vies humaines étaient en danger, ce qui est absurde puisque tout l’ordre international est fondé, depuis 1945, sur le droit de veto. 

La partie se terminant au bénéfice d’Assad, en bonne diplomatie, il serait au contraire temps de changer de pied pour ne pas insulter l’avenir. 

Il est normal que, face à une diplomatie aussi absurde, des députés se révoltent. 

Il ne leur reste, pour aller jusqu’au bout de leur démarche, qu’à demander qu’une commission d’enquête parlementaire cherche à comprendre pourquoi la France a, pendant cinq ans, apporté en Syrie une aide militaire aux djihadistes, les mêmes qui posent des bombes en France.

 Roland Hureaux

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