vendredi 20 janvier 2017

Un policier avec son arme a été écarté d’un match du mondial de handball


Force est de constater que, souvent, la France et ses dirigeants restent les champions de la demi-mesure. Que ce soit sur le plan social, où la volonté de changement reste subordonnée au « On ne touche pas aux avantages acquis ». Que ce soit dans le secteur économique, où toute volonté de modernisation se heurte immanquablement à des résistances conservatrices hors du temps. Ou bien encore dans les affaires de sécurité où, malgré les multiples échecs enregistrés, et des victimes du terrorisme et de la criminalité de plus en plus nombreuses, il y a encore trop de voix pour considérer qu’il est plus important de préserver une liberté devenue mortifère plutôt que de concéder les quelques avancées sécuritaires indispensables aujourd’hui. Deux exemples flagrants illustrent cette réalité.

Tout d’abord, les règles relatives à la légitime défense des policiers. Ce vaste chantier, dont il est question depuis de nombreuses années, et qui ne consisterait, en fin de compte, qu’à aligner sur les policiers la procédure applicable aux gendarmes, se trouve régulièrement retoquée et sans cesse reportée. Une tentative législative, récemment initiée par l’actuel pouvoir, risque à son tour de s’enliser dans les sables électoraux d’une période peu propice à ce genre de réforme. Il y a en effet fort à parier que, face aux campagnes de presse et d’opinion, cette mesure, pourtant indispensable à la sécurité dans notre pays, connaisse le même sort que les initiatives identiques qui ont précédé. 

Le deuxième exemple peut être emprunté à l’actualité. Il y quelques jours, un policier qui venait en famille, mais en possession de son arme de service, assister à un match du Mondial de handball s’est vu refuser l’entrée de la salle. Pourtant, depuis plusieurs mois, suite aux attentats, tous les policiers sont autorisés à être porteurs de leur arme même en dehors du service normal. Cette mesure, destinée à permettre une réaction rapide des forces de l’ordre en cas d’actions terroristes, n’est cependant pas applicable dans les lieux privés. Et c’est la loi. En effet, seul le propriétaire d’un tel lieu est en mesure de pouvoir accorder, ou non, le droit d’accès à un fonctionnaire de police (ou à un gendarme) porteur de son arme.
Une telle situation n’est pas sans poser de nombreuses questions. Tout d’abord, quelle signification, et surtout quelle portée peut avoir un état d’urgence dont les modalités pratiques d’application peuvent rester à l’appréciation de personnes privées ? L’intérêt général qui recouvre la notion de sécurité publique doit-il pouvoir être déterminé par des personnes n’ayant pas forcément les compétences pour ça ? Ensuite, malgré les expériences dramatiques vécues, comment peut-on encore accepter de faire courir un risque mortel à nos concitoyens, en se privant sciemment de l’aide de la force publique ? Enfin, plutôt que de tergiverser sur des sujets sans intérêt, le moment n’est-il pas venu de faire évoluer notre arsenal législatif pour permettre aux policiers et aux gendarmes d’intervenir en tout temps et en tout lieu.

Malgré ses expériences douloureuses, la France n’a toujours pas choisi de lutter contre le terrorisme. Bien que la menace soit plus que jamais à un niveau élevé, les autorités temporisent et hésitent à prendre les mesures de bons sens qui s’imposeraient. Faudra-t-il un autre Bataclan pour que l’on comprenne enfin que les terroristes, eux, n’ont que faire de la distinction sphère publique/sphère privée ?

Olivier Damien

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