mardi 7 février 2017

Les élections, c’est choisir entre les populistes et les malhonnêtes

« Le risque, avec ce genre d’affaires (Fillon ou une autre, peu importe), c’est que les Français en viennent à penser qu’ils sont tous pourris ». Qui n’a jamais entendu cette phrase sur les plateaux de télévision ? Par les temps qui courent, c’est même un leitmotiv qui revient à chaque fois qu’un scandale politique éclate. En général, on y ajoute cette autre phrase : « Or, c’est faux, archi-faux ; dans leur immense majorité, les députés (ou sénateurs) sont des gens honnêtes. » Dans leur « immense majorité », je n’oserais aller jusque-là, mais oui, je crois aussi que les hommes politiques sont, dans l’ensemble, honnêtes. Seulement il y a un hic, un sacré hic.

Il y a deux catégories d’hommes politiques : ceux qui aspirent à un destin national, et les élus de la base, comme on dit. Ce qui distingue les deux, ce ne sont ni leurs diplômes, ni leurs qualités d’orateur, ni l’amour de la politique, mais une chose et une seule : l’ambition. Or, l’ambition a un prix, et ce prix, c’est la compromission. En politique, il est impossible de briguer un destin national sans se compromettre ; c’est une condition absolument nécessaire. A minima, se compromettre, c’est fermer les yeux sur les turpitudes de ses pairs les plus corrompus. Un cran au-dessus, c’est de ne pas renoncer aux privilèges de la fonction, légaux mais exorbitants du droit commun. 

Encore un cran au-dessus, c’est en exploiter toutes les ressources à son propre bénéfice (François Fillon en est là, mais aussi Manuel Valls lorsqu’il emmène ses enfants voir la finale de la Champions League aux frais de l’État). Au-dessus, on passe dans le domaine de la corruption, au sens juridique du terme, avec l’espoir que le silence des uns fasse écho au silence des autres – garantie d’impunité fondée sur la réciprocité.

Si tous les ténors de la politique sont malhonnêtes – je dis bien tous –, cela tient à plusieurs raisons. Primo, les lignes rouges qui séparent honnêteté et malhonnêteté d’une part, légalité et corruption d’autre part, ne se confondent pas, et c’est voulu, preuve que l’on ne peut confier au législateur la rédaction de son propre code de déontologie. Secundo – et c’est aussi vieux que la République -, dans le monde impitoyable de la politique, on ne tolère pas ceux dont la cuirasse ne présente aucune vulnérabilité.
La règle, c’est qu’il faut faire comme les autres et, donc, se compromettre : c’est le ciment de l’esprit de corps. Ainsi, Robespierre avait beau passer pour incorruptible, il vivait entouré de gardes du corps car il craignait que ses adversaires, à défaut de pouvoir le corrompre (Danton notamment), n’en attentent à sa vie. Sa chute fut, d’ailleurs, le prélude à l’avènement du Directoire, qui reste dans les mémoires comme l’un des régimes les plus corrompus de l’Histoire de France. 

L’homme politique honnête n’a donc pas d’autre choix que de se contenter d’une carrière discrète ou bien d’accepter de vivre traqué par des corrupteurs avec, pour tout viatique, l’appel au peuple. Et là, nous touchons à l’essence même du populisme.

Depuis les temps reculés de la République romaine, patriciens et plébéiens se livrent une lutte sans merci. Les rivalités entre Sylla et Marius, César et Pompée, se poursuivent aujourd’hui avec Trump et Clinton, Farage et Cameron, Le Pen et Sarkozy. Un rappel historique en guise d’avertissement, car les populistes, une fois parvenus à leurs fins, ont le fâcheux penchant de ne pas abandonner le pouvoir de si bon gré.

Christophe Servan

Source 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire