mardi 7 février 2017

Vladimir Poutine marque des points à Budapest

Alors que les dirigeants des pays d’Europe occidentale tentent, par tous les moyens, de contenir et de repousser l’influence de la Russie sur des États de l’Union européenne, le Premier ministre conservateur hongrois Viktor Orbán a accueilli, ce 2 février 2017, le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine.

Cet événement symbolise un changement de donne géopolitique, un quart de siècle après la fin de la domination soviétique sur la Hongrie. En effet, Viktor Orbán, qui a fondé en 1988 le parti politique d’opposition Fidesz et prononcé, en 1989, un discours appelant au départ des troupes soviétiques, reçoit celui qui entretient la nostalgie de la Grande Russie.

Ce retournement de situation s’explique par l’évolution politique de Viktor Orbán, mais surtout par celle de la société hongroise. La chute du communisme en 1989 et le départ des dernières troupes soviétiques en 1991 avaient fait naître beaucoup d’espoir parmi la population du pays. Mais cette dernière a dû déchanter. En effet, le miracle économique attendu n’a pas été au rendez-vous et l’ouverture des frontières a, avant tout, signifié la destruction des industries du pays. De nombreux jeunes, espérant un avenir meilleur, se sont exilés afin de réaliser leur vie au Royaume-Uni ou en Allemagne. 

En 2006, la population est descendue dans la rue à Budapest afin de manifester contre la corruption des socialistes, héritiers des communistes. La foule a attaqué, comme lors de la révolte antisoviétique de 1956, le bâtiment de la radio et a saccagé le monument de la Libération par l’Armée rouge en 1945. Le gouvernement de gauche a donné l’ordre de réprimer la manifestation, ce qui a disqualifié durablement les socialistes aux yeux de la population, alors que les nationalistes ont bénéficié du phénomène inverse grâce à leur participation à la révolte. La gauche a chuté, ensuite, électoralement et le Jobbik, un parti nationaliste fondé en 2003 et dirigé par Gábor Vona, a émergé politiquement avant de devenir le deuxième parti du pays, derrière le Fidesz de Viktor Orbán. Afin de barrer la route au Jobbik, le Fidesz a pris un tournant patriotique.

Les évolutions survenues en Russie depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 1999-2000, et qui ont conduit au redressement de ce pays – tant du point de vue économique, organisationnel, social qu’en matière de défense -, ont également ouvert la voie à un changement de la donne internationale.

Viktor Orbán peut être désormais considéré comme le fer de lance de la résistance de l’Europe centrale et de l’Est face à l’ouverture des frontières aux migrants venus du tiers monde. Il symbolise la fracture au sein de l’Union européenne entre une Europe occidentale au sein de laquelle règne la société multiculturelle et l’Europe centrale et orientale qui rejette ce modèle. Vladimir Poutine, en se rendant en grande pompe à Budapest, contribue à légitimer la politique de Viktor Orbán et à diviser le front visant à contenir géopolitiquement la Russie, tout en apportant de l’eau au moulin de ceux qui, à travers le continent européen, rejettent la mondialisation, les flux migratoires et la société multiculturelle.

Lionel Baland

Source 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire